Ne laissez pas les morts vous prendre la vie.
Dans Emor, Dieu s’adresse d’abord aux prêtres. Il leur ordonne de ne pas se souiller avec un mort, de ne pas toucher le cadavre, de ne pas entrer dans un contact qui les rendrait impurs devant le service sacré. À première lecture, on voit une loi de pureté liée au sanctuaire. Mais cette parole ne reste pas enfermée dans l’ancien service sacerdotal. Elle nous concerne aussi.
Car en Yeshoua, nous sommes appelés à être un peuple mis à part, un peuple sacerdotal, un peuple vivant devant le Dieu vivant. Pierre le dit clairement : “Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis” (1 Pierre 2; 9). Si le prêtre ne devait pas se souiller avec la mort, alors le croyant ne peut pas vivre sans discernement au contact de ce qui est mort spirituellement.
Et c’est ici que Luc 4; 18 vient éclairer Emor d’une manière magnifique : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres.” Dans Emor, Dieu parle aux prêtres, à ceux qui portent l’onction. Et dans ce verset, Yeshoua se révèle comme le Cohen parfait, l’Oint véritable, Celui sur qui repose l’Esprit du Seigneur. Il n’est pas oint pour garder une position, mais pour annoncer la bonne nouvelle, réveiller les captifs, ouvrir les yeux, libérer les enfermés et rallumer les âmes mortes. Là où Emor dit : “ne touche pas la mort”, le verset dit: “va porter la vie”. Car l’onction n’est pas un don confié pour être caché ; c’est un feu confié aux vivants pour annoncer le Royaume.
La mort, dans la Bible, ne désigne pas seulement un corps qui ne respire plus. Elle désigne aussi un état intérieur : une âme séparée de Dieu, une vie coupée de la source, une existence qui bouge encore, qui parle encore, mais qui n’est pas traversée par le souffle du Vivant. C’est une âme qui meurt.
C’est pour cela que Yeshoua dit : “Laisse les morts ensevelir leurs morts ; et toi, va annoncer le royaume de Dieu” (Luc 9; 60). Il ne parle pas seulement de cadavres. Il parle de vivants qui vivent encore sous l’ordre de la mort : des hommes et des femmes qui respirent, qui organisent leur vie, qui ont leurs pensées, leurs plaisirs, leurs fêtes, leurs raisonnements, mais sans la lumière du Royaume.
Ce sont des morts qui marchent, qui parlent, qui influencent. Des morts qui peuvent avoir une belle apparence, une belle intelligence, une belle manière de vivre, mais dont l’âme n’a pas encore reçu la vie du Messie.
Alors Emor vient dire au croyant : ne te souille pas avec les morts. Non pas en haïssant les personnes, ni en refusant de leur parler. Yeshoua Lui-même est allé vers ceux qui étaient loin. Mais Il n’a jamais reçu leur mort comme une influence. Il allait vers eux avec la vie, sans laisser leur état gouverner sa pensée.
Voilà toute la différence : nous sommes dans le monde, mais nous ne devons pas laisser le monde nous éteindre. Nous pouvons croiser les morts, travailler avec les morts, parler aux morts, témoigner aux morts, mais nous ne devons pas fréquenter leur mort de trop prés.
Car la fréquentation influence. On finit toujours par ressembler à ce qu’on écoute trop longtemps. Si l’on reste trop longtemps dans des lieux sans Dieu, dans des conversations sans crainte de Dieu, dans des amitiés qui se moquent du sacré, quelque chose en nous commence à s’éteindre. Au début, on croit seulement observer. Puis on s’habitue. Puis on tolère. Puis on excuse. Puis on participe. Puis on ne voit plus la différence.
Les morts n’influencent pas toujours par une grande rébellion visible. Parfois, ils viennent avec cette apparence d’assurance tranquille, cette certitude presque écrasante de ceux qui semblent savoir mieux que toi, comme si c’était toi qui t’égarais, toi qui exagérais, toi qui avais mal compris la vérité.
C’est pourquoi la Bible dit : “Ne vous y trompez pas : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs” (1 Corinthiens 15:33). Une mauvaise fréquentation, ce n’est pas seulement une personne qui fait des choses visibles et mauvaises. C’est une atmosphère qui affaiblit ton discernement intérieur.
Voilà la vraie souillure : quand ce qui est mort commence à redéfinir ce qui est vivant.
Le croyant ne peut pas marcher comme les morts, parce qu’il n’appartient plus à la mort. Paul dit : “Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés” (Éphésiens 2:1), puis il ajoute : “Nous qui étions morts par nos offenses, Dieu nous a rendus à la vie avec le Messie” (Éphésiens 2:5). Nous aussi, nous étions morts. Nous aussi, nous avons marché selon l’esprit du monde. Mais Dieu nous a ramenés à la vie, Il nous a retirés du tombeau intérieur, Il nous a donné son souffle et son Esprit.
Alors comment pourrions-nous retourner nous asseoir longtemps au milieu de ces morts ? Nous pouvons leur annoncer la parole de Dieu ; s’ils la reçoivent, la vie peut les relever. Mais s’ils la refusent et cherchent seulement à nous ramener dans leur monde, alors nous n’avons pas à demeurer là où la lumière est rejetée, ni à perdre notre temps avec ceux qui ne veulent pas marcher avec Dieu.
Comment pourrions-nous nourrir notre âme avec des paroles mortes, des fêtes mortes, des lieux morts, des plaisirs morts, des alliances mortes ? Comment pourrions-nous appartenir au Vivant et laisser les morts nous apprendre à vivre ?
C’est ici que les fêtes d’écrites dans Emor deviennent essentielles. Dans Lévitique 23, Dieu donne ses rendez-vous : Ce ne sont pas des fêtes inventées par les hommes. Ce sont les temps fixés par Dieu, les rendez-vous du Vivant, les fêtes des vivants.
Chacune porte le Messie : Pessa’h annonce l’Agneau, les pains sans levain la séparation d’avec le vieux levain, les prémices la résurrection, Shavouot l’Esprit donné aux cœurs vivants, Yom Terouah l’appel et le réveil, Yom Kippour l’expiation et la purification, Soukkot la présence de Dieu qui vient habiter avec les siens. Les fêtes de Dieu ne sont donc pas seulement des dates. Elles sont un chemin de vie. Elles racontent le Vivant et remettent le croyant dans le calendrier de Dieu.
C’est pour cela que le mélange est dangereux. Car les morts aussi ont leurs fêtes. Le monde aussi a son calendrier, ses traditions, ses lumières, ses décorations, ses célébrations, ses émotions. Mais tout ce qui brille n’est pas vivant. Tout ce qui rassemble n’est pas saint. Tout ce qui paraît joyeux ne vient pas de Dieu. Une fête peut être belle et pourtant souiller l’âme si elle remplace les rendez-vous du Dieu vivant, si elle donne au croyant l’impression d’honorer Dieu alors qu’elle l’éloigne de ce que Dieu a réellement ordonné.
C’est pourquoi Emor est si actuel. La parasha ne dit pas seulement : ne touche pas un cadavre. Elle dit : ne laisse pas la mort organiser ta sainteté. Ne laisse pas les morts choisir tes fêtes, tes pensées, tes fréquentations, ton langage, ton rythme, tes valeurs, ta joie, ton identité.
Car nous n’avons pas reçu l’esprit du monde. Paul dit : “Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu” (1 Corinthiens 2:12). Voilà la séparation. Les morts vivent selon l’esprit du monde. Les vivants vivent selon l’Esprit de Dieu.
Yeshoua dit : “Je suis le chemin, la vérité et la vie” (Jean 14:6). Il ne donne pas seulement une morale. Il est la Vie, le Vivant.
Nous pouvons être dans le monde, parce que nous y sommes envoyés. Mais être envoyé dans le monde ne veut pas dire se laisser former par le monde. On peut aimer les âmes, parler à ceux qui ne connaissent pas Dieu, mais ne pas faire de leur manière de vivre notre nourriture.
Voilà pourquoi Luc 9:60 rejoint parfaitement Emor : “Laisse les morts ensevelir leurs morts ; et toi, va annoncer le royaume de Dieu.” Emor veut dire : parle. Yeshoua dit : va annoncer.
Emor nous dit : parle. Annonce la parole de vérité, annonce le Messie, annonce le Royaume qui vient réveiller les âmes endormies. Car la lumière n’a pas été donnée pour rester cachée, mais pour se transmettre comme un feu vivant, un feu qui rallume ce que la mort avait éteint. Là où une âme semblait froide, la parole du Vivant peut encore déposer une étincelle de résurrection.
Donc le croyant ne doit pas seulement se séparer de la mort ; il doit parler depuis la vie. Il doit proclamer que les fêtes de Dieu sont les rendez-vous du Vivant. Il doit dire que la vie ne vient pas des traditions mortes, mais du Vivant qui accomplit la Parole.
Alors ne fréquente pas les morts au point d’aimer leur mort. Ne t’assieds pas si longtemps avec eux que ton âme oublie la voix de Dieu. Ne laisse pas leurs habitudes devenir ton repos, leurs fêtes devenir ta joie, leurs raisonnements devenir ta vérité, leur monde entrer dans ton sanctuaire intérieur. Car le monde ne convertira pas ta sainteté ; c’est souvent lui qui essaiera d’éteindre ta flamme.
Le croyant doit donc veiller. Il sait qu’il porte un souffle précieux, et qu’une âme vivante peut être contaminée si elle s’expose trop longtemps à ce qui est mort.
Alors Emor nous parle aujourd’hui : toi qui as été ramené à la vie, ne retourne pas respirer l’air du tombeau. Toi qui appartiens au Vivant, ne laisse pas les morts former tes pensées. Toi qui as reçu l’Esprit de Dieu, ne te soumets plus à l’esprit du monde.
Emor nous dit : ne te souille pas avec la mort. Yeshoua nous dit : va annoncer le Royaume. Et l’Esprit nous dit : maintenant que le Vivant t’a ramené à la vie, ne laisse plus les morts t’apprendre à vivre.
Shabbat Shalom
L . B
Lecture de la parasha : Lévitique : Chapitre 21 verset 1 à chapitre 24 verset 23.
Lecture de la haftarah : Ezéchiel : Chapitre : 44 verset 15 à 31.
Lecture messianique : Mathieu: Chapitre: 5 verset 38,42. Galates: Chapitre: 3 verset 26 ,29.

