La sainte folie.
Il faut quand même le dire franchement.
Quand on lit la parasha Bechala’h calmement, sérieusement, sans filtre religieux, on se rend compte d’une chose : cette parasha est complètement dingue. Mais vraiment. On est chez les dingues.
Une mer qui s’ouvre en deux. Pas une image poétique. Une vraie mer. Des murs d’eau. Et un peuple qui entre là-dedans. Qui se dit : ok, on y va. C’est une folie totale. Personne de sensé ne fait ça. Et pourtant, ils avancent. Parce qu’ils font confiance. Parce qu’ils savent, au fond, que Dieu a ouvert ce passage pour le bien. Mais quand même… il faut être un peu fou.
Et ça continue.
Ils arrivent dans le désert, ils ont soif, ils trouvent de l’eau, elle est imbuvable. Et là, Dieu montre un bois, on le jette dans l’eau, et l’eau devient douce. Sérieusement ? Boire une eau devenue potable à cause d’un morceau de bois ? Qui fait ça ? Qui y croit ? Et pourtant, ils boivent. Parce que dans cette histoire, la folie commence à devenir un mode de vie.
Puis vient la manne. Là, on bascule vraiment.
Une nourriture qui tombe du ciel, qui n’étonne personne, une espèce de grain blanc, floconneux, léger, qui prend le goût de ce que l’on a envie de manger. Chaque jour. Pas de stock. Pas de réserve. Tu prends juste ce qu’il faut pour aujourd’hui. On verra demain. Économiquement, logistiquement, mentalement, c’est absurde. Aucun système ne fonctionne comme ça. Et pourtant, ils mangent. Tous les jours. C’est une folie organisée.
Et comme si ce n’était pas suffisant, Dieu ajoute :
« Un jour par semaine, vous arrêtez tout. »
Le monde entier court, produit, calcule, optimise.
Et nous, on stoppe. On freine. On débranche. On fait Shabbat.
C’est une pure folie. Une folie magnifique. Dire : je ne travaille pas, je stoppe toute activité, parce que Dieu me fait vivre. Aux yeux du monde, c’est irresponsable. Aux yeux de la foi, c’est une liberté.
Et puis encore : il n’y a plus d’eau. Moïse frappe un rocher. Et de l’eau jaillit. Qui, sérieusement, attend de l’eau d’un rocher ? Et pourtant, ils boivent ça dans une normalité insaisissable. Parce que dans Bechala’h, la logique humaine est définitivement mise au placard.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà qu’on parle d’engagement.
S’engager dans les eaux par immersion totale pour montrer sa foi en Dieu. Sérieux quoi ?
Mourir symboliquement pour Dieu. Dire publiquement : ma vie ne m’appartient plus tout à fait. C’est complètement dingue. Décider de mourir à un monde pour vivre autrement, alors que tout le monde autour continue comme avant. C’est une folie. Une vraie. Se mettre à croire que la vie n’a de sens que si on fait ça.
Et la Bible ose le dire. Elle ne cherche même pas à rendre ça raisonnable.
« Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages » (1 Corinthiens 1: 27).
Et encore :
« Ce message est une folie pour le monde, mais pour nous, il est puissance » (1 Corinthiens 1:18).
Et en fait, nous, on trouve ça normal. Notre cœur raisonne au battement de Dieu. On croit, et puis c’est tout. Et on se demande même comment les autres font pour ne pas croire en ce Dieu de Moïse.
Bechala’h, c’est ça.
Une succession de miracles déraisonnables.
Une accumulation de choix incompréhensibles.
Une foi qui n’essaie même plus de paraître normale.
Alors oui, on est fous. Fous de croire.
Mais ce n’est pas une folie qui détruit.
C’est une folie qui fait avancer là où on ne sait pas où cela va nous mener.
Une folie qui pourvoit même quand il n’y a plus rien dans le désert.
Une folie qui fait jaillir l’eau là où il n’y en a pas.
Une folie qui apprend à s’arrêter quand tout pousse à courir.
Bechala’h est une parasha folle.
Et peut-être que croire, au fond,
c’est accepter d’entrer joyeusement dans cette folie-là.
Ce qui frappe, c’est l’accumulation.
Bechala’h est saturée de faits extraordinaires.
Des miracles que nous lisons, auxquels nous croyons, mais que nous ne verrons peut-être jamais. On lit ces scènes et une frustration apparaît. Eux ont vu la mer s’ouvrir. Nous, nous lisons. Eux ont mangé la manne du ciel. Nous, nous croyons sans voir. Alors une question silencieuse s’installe : à quoi sert de lire ces miracles si nous ne les vivrons pas ?
Et pourtant, le texte insiste lourdement. Il détaille. Il répète. Il ralentit le récit. Il refuse de passer vite. Il ne résume pas. Il insiste. Donc le but est ailleurs.
Qu’est-ce que nous cache ce texte ?
On se rend compte que les croyants de tous horizons adhèrent totalement à ce qui s’est passé au temps de Moïse, sans le moindre doute, s’imaginent même des scènes surréalistes, sans être choqués. On y croit.
Mais peu à peu, quelque chose se révèle.
Cette parasha ne cherche pas seulement à montrer ce que Dieu a fait devant un peuple, mais ce qu’Il veut faire dans l’homme. Les miracles sont spectaculaires, oui, mais ils sont surtout des signes. Ils parlent d’autre chose. Ils parlent d’un passage intérieur.
La mer qui s’ouvre n’est pas seulement un événement du passé. Elle parle de l’esprit. Dieu ouvre un passage là où Lui seul peut le faire.
L’eau amère rendue douce parle du cœur. Et quand le cœur est guéri, alors la joie peut sortir. Le cantique jaillit. La paix s’installe d’une façon mystérieuse.
La manne parle de la Parole. Dieu nourrit. Et chaque semaine, une parasha. Chaque jour, on lit une petite portion de la parasha de la semaine, juste ce qu’il faut pour nourrir l’âme. On ne stocke pas, on reçoit. La Torah devient une nourriture vivante, régulière, suffisante. Et le Shabbat devient le signe que nous sommes rassasiés.
L’eau qui jaillit du rocher parle de la source. Là où tout est sec, Dieu fait couler la vie. Une eau intérieure qui irrigue l’esprit.
Alors oui, cette parasha est une folie. C’est le passage de l’inconscient à la conscience. Un peu comme si, dans une mémoire enfouie, on avait vécu ces scènes extraordinaires. L’esprit s’ouvre pour laisser passer la foi, la vraie foi en Dieu, celle qui naît du miracle.
Et il y a encore une plus grande folie pour nous : croire que Dieu s’est fait homme pour nous sauver. Qu’Il a envoyé Son Fils, Yeshoua le Messie. C’est carrément une dinguerie ! Et ce Fils a accompli la fête de Pessa’h pour sauver ceux qui croiront en Lui. Folie pour le monde, mais sagesse pour nous qui croyons comme des enfants.
Marc 10: 15
« Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. »
C’est cela, la vraie foi.
Croire en Yeshoua, l’envoyé de Dieu. Croire que c’est par amour qu’Il s’est sacrifié pour nous.
Croire qu’Il a changé l’eau en vin, qu’Il a guéri les malades, les lépreux, et qu’Il est venu pour donner la paix à ceux qui ont le cœur brisé, les âmes blessées, l’esprit dans l’amertume.
La foi qui nous fait avancer au milieu de ce monde qui marche à sens inverse. Vivre pour Dieu avec une conscience bouleversée, déplacée, transfigurée. Une conscience capable de croire que l’impossible n’est pas une limite.
C’est là que tout bascule.
La vraie folie de Bechala’h, ce n’est pas seulement ce que Dieu fait, c’est ce que l’homme devient quand il croit.
Un homme qui change d’orientation.
Un homme qui ose dire non au rythme du monde.
Croire en Dieu, ce n’est pas seulement accepter des miracles passés.
C’est accepter que sa propre vie prenne une direction nouvelle.
C’est choisir Dieu, même si les autres ne comprennent pas.
Même si le monde juge.
Qu’importe qu’ils disent que je suis fou.
Qu’importe qu’ils se retirent.
Qu’importe qu’ils me rejettent, qu’ils se moquent.
Parce qu’il y a des choix qui valent plus que l’approbation des hommes.
Il y a des choix qui ouvrent une vie entière.
Dieu s’est présenté à moi. Et j’ai choisi.
Un choix peut-être difficile. Un choix parfois coûteux.
Mais un choix vivant. Un choix puissant.
Un choix qui donne du souffle à l’existence.
Le plus beau choix de l’être humain, c’est de suivre Dieu en toute conscience.
Et s’il faut être fou pour vivre ainsi,
alors oui…, on est fous.
Bechala’h place l’homme devant un choix. Pas une explication. Pas une preuve. Un pas.
Quand Dieu ouvre, il faut avancer. Même sans garantie. Même sans logique.
Et s’il faut appeler cela une folie, alors qu’il en soit ainsi.
Et si l’on voulait quand même comprendre pourquoi Dieu nous demande de croire si naïvement à tous ces récits, les Écritures nous ont quand même donné cette réponse dans Deutéronome 8: 2 :
« Souviens-toi de tout le chemin que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t’humilier, de t’éprouver, et de savoir ce qu’il y avait dans ton cœur. »
Dans le désert, Dieu nous a appris à Lui faire confiance chaque jour, à dépendre de Lui.
Ne plus compter sur nous-mêmes, mais attendre tout de Dieu, comme un enfant avec son Père. Car Dieu ne cherche pas vraiment à savoir ce qu’il y a dans notre cœur : Il le sait déjà. Il ne cherche pas une information ; Il met au grand jour ce que notre cœur révèle, afin que la vérité du cœur soit manifestée devant tous.
Alors s’ouvre notre esprit pour y laisser passer la foi qui conduit à la dépendance à Dieu et au renoncement à soi-même, car il est dit dans Luc 9: 23 :
« Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, chaque jour… »
Si Bechala’h nous fait sortir de la logique humaine, c’est pour nous conduire dans la foi de l’impossible.
Et lorsque nous cessons de nous appuyer sur nous-mêmes pour dépendre de Dieu, alors il n’y a plus de limites : tout devient possible à celui qui croit.
L’Eternel Dieu tout puissant ouvre un nouveau chemin vers lequel tout est possible.
Quel que soit le problème que nous traversons, si nous croyons que tout est possible pour Dieu, guérir, pourvoir, réussir, protéger, alors toute chose devient réalisable à celui qui croit.
Bienvenue dans la folie de Dieu, là où tout devient possible à celui qui croit.
Shabbat shalom
L . B
Lecture de la parasha: Exode: Chapitre 13 verset 17 à chapitre 17 verset 16.
Lecture de la haftarah: Juges: Chapitre 4 verset 4 à chapitre 5 verset 31.
Lecture messianique: Jean: 6: 25 à 35. 19: 31, 37. Luc: 2: 22,24.
1 Corinthiens: 10: 1 à 13. 2 Corinthiens: 8:1,15. Apocalypse: 15: 1,4.

