Parasha Ki Tissa 2026


Qui est au centre de nos vies ? 

Dans le désert, quand l’attente devient insupportable, l’homme fabrique un dieu à sa mesure ; et Ki-Tissa révèle que ce drame n’est pas seulement ancien, il est intérieur, il est actuel, il est répété à chaque génération : l’homme arrive sur terre avec une quête de place, une faim de sens, un besoin de reconnaissance, et tant que l’âme n’a pas trouvé son centre, elle cherche un “nous” pour se tenir debout, elle cherche une appartenance pour calmer l’inquiétude, elle cherche un cadre pour ne pas se perdre, elle cherche un groupe pour que le vide cesse de parler.

Car le groupe rassure.
Car le groupe définit.
Car le groupe valorise.
Car le groupe raconte une histoire.

Et c’est humain. Et c’est profond. Et c’est dangereux quand cela devient le point central de la vie.

Alors les appartenances se multiplient : certains se reconnaissent dans une identité éthique, dans un mode de vie, dans une manière de consommer et de penser ; certains se reconnaissent dans une appartenance religieuse ; certains se reconnaissent dans le développement personnel, dans le travail sur soi, dans la guérison, dans l’élévation ; certains se reconnaissent dans une cause humanitaire, dans le bénévolat, dans la réparation du monde ; certains se reconnaissent dans leur métier, leur corps professionnel, leur syndicat, leur statut, leur lutte sociale ; certains se reconnaissent dans leurs racines culturelles, leurs traditions, leur mémoire ; et certains se donnent à un camp politique jusqu’à en faire leur souffle, leur langage, leur nourriture quotidienne, au point de ne plus vivre que pour cela, de ne plus vibrer que pour cela, de ne plus exister que par cela.

Et toujours, la même chose arrive : l’appartenance veut se voir.
Elle veut se reconnaître.
Elle veut s’afficher.
Elle veut se prouver.

Alors l’homme adopte des codes.
Il adopte un style.
Il adopte un jargon.
Il adopte des signes, même vestimentaires. Il veut ressembler à ce groupe. Il fait partie d’eux.

Parce qu’il ne suffit pas d’appartenir : il faut être validé comme appartenant.
Parce qu’il ne suffit pas d’aimer : il faut être identifié comme aimant.
Et là, la frontière se trace : quand l’appartenance devient l’identité principale, quand le badge remplace l’être, quand l’étiquette devient le nom, c’est souvent le signe que l’âme n’a pas encore trouvé sa maison ; ce n’est pas une honte, c’est un signal : l’âme cherche encore son centre d’intérêt qui est Dieu, mais ne le trouve pas. Et plus le groupe dans lequel il s’est investi organise sa vie, plus il s’éloigne de la présence de Dieu. Alors Dieu, dans Ki-Tissa, commence par compter le peuple, et le demi-shekel s’annonce comme une cotisation personnelle.
Puis il place la cuve d’airain, car on ne touche pas ce qui est saint avec les mains pleines d’idoles ; il donne l’huile d’onction, et l’huile d’onction ne sert pas à se parfumer, elle sert à consacrer ; il donne l’encens, et l’encens n’est pas une ambiance de groupe, il est un feu réservé, un parfum pour Dieu seul ; il rappelle Shabbat, et Shabbat coupe l’idole de l’activisme : il réoriente vers l’essentiel, vers l’Alliance, vers la présence, au lieu d’une agitation qui disperse.

Mais Moïse tarde. Et le vide s’ouvre. Et le peuple panique. Et quand le vide s’ouvre, l’homme cherche un remplacement ; l’homme cherche un symbole, un centre visible.
Alors ils demandent un dieu qui marche devant eux, et le veau d’or naît : non seulement une statue, mais une appartenance de substitution, un centre de gravité collectif, un drapeau fabriqué dans l’urgence, un “nous” construit sur la peur.

Et la scène le prouve : ils se rassemblent, ils ritualisent, ils chantent, ils dansent ; ils se sentent existé dans ce groupe, le veau d’or rassemble vite, mais il conduit loin : il remplit le vide sans guérir l’âme ; il donne une cohésion, mais il vole la vie ; il donne une identité, il donne une fête, des bons moments entre potes, mais il anesthésie la conscience ; et dans cette euphorie, la foule devient preuve, le symbole devient dieu, et l’appartenance devient une prison déguisée.

Et comme si cela ne suffisait pas, il y a maintenant ceux qui vivent à travers les influenceur, qui publient des contenus de leur vie en continu : et là aussi, une emprise douce s’installe, une captation de l’attention, où l’on suit, on regarde, on compare, on imite, jusqu’à finir par vivre la vie de l’autre au lieu de vivre la sienne.

Le centre d’intérêt se déplace : la réalité devient l’écran. 

Et pourtant, la vraie vie n’est pas là : elle n’est pas dans une vitrine, ni dans une mise en scène ; elle est dans le réel, dans le quotidien, dans la profondeur, dans ce que Dieu bâtit dans le secret.
Car très souvent, ce qui brille sur l’écran n’est pas une direction : c’est une distraction.

Et l’Écriture savait déjà nommer cette capture : quand l’homme perd le centre, un système le prend.
Car l’Écriture avertit : « Prenez garde que personne ne fasse , de vous sa proie » (Colossiens 2:8).
Cela veut dire qu’un système peut capturer une âme : non par des chaînes visibles, mais par des idées, des discours, une “philosophie”, une identité de groupe qui devient une cage douce ; on croit penser librement, mais on répète ; on croit choisir, mais on suit.

Alors la Torah pose la frontière : « Tu ne suivras pas la multitude pour faire le mal » (Exode 23:2).
Parce que la foule peut devenir une boussole, et la majorité une force, et l’appartenance une raison.

Mais dans Daniel 3:16–18, au milieu de l’ordre collectif, certains restent debout ; ils refusent d’adorer la statue, même si la foule s’incline.
La vraie appartenance ne se prouve pas en se conformant : elle se prouve en gardant le centre, même seul, jusqu’à ce que Dieu restaure.

Alors Moïse descend. Et il brise les tables de la loi. Il ne brise pas seulement de la pierre : il brise une illusion. Il voit le peuple devant le veau d’or, il voit des hommes et des femmes prosternés, il voit une foule qui s’est donnée un centre visible, un centre facile, un centre qui ne demande plus d’attendre ; et ce qu’il voit le désole, parce qu’il reconnaît une faiblesse universelle : beaucoup suivent le dernier qui a parlé c’est celui qui a raison.
Ce qui se joue ici n’est pas seulement “chercher Dieu”. Ce qui se joue, c’est chercher un nous. Chercher une preuve sociale. Chercher une cohésion immédiate. Chercher un groupe où l’on existe parce qu’on est reconnu : “nous sommes”, “on est ensemble”, “on fait partie”, “on a un centre”, “on a un signe”. Dans un groupe, il y a un chef, il y a une direction, il y a une réaction, il y a un rythme, il y a du concret ; l’identité se stabilise parce que la foule valide, parce que le symbole rassemble, parce que l’appartenance rassure.

Et c’est là la fracture : ce qu’ils rejettent, ce n’est pas Dieu comme idée ; ce qu’ils rejettent, c’est le silence de Dieu. Ils ne supportent plus l’invisible. Ils ne supportent plus l’attente. Ils veulent une présence qu’ils contrôlent, un centre qu’ils touchent, un signe qui parle immédiatement. Alors ils se prosternent devant un substitut, parce qu’un substitut ne se tait pas : il se voit, il se suit, il se partage, il se célèbre.

Et ensuite Moïse appelle : « Qui est pour l’Éternel ? »  et 

« Qui est pour l’Éternel ? » n’est pas un slogan : c’est une ligne de retour au centre, une coupure, un choix, une séparation entre l’appartenance qui élève et l’appartenance qui dévore.

Puis il remonte : Dieu redonne des tables. Les secondes tables disent : recentrez-vous. Car la vraie vie n’est pas de supprimer le besoin d’appartenance, l’homme est fait pour le lien, la vraie vie, c’est de guérir le vide qui pousse à fabriquer des veaux d’or; c’est de remettre Dieu au centre, afin que l’homme puisse aimer des communautés sans s’y dissoudre, servir des causes sans s’y perdre, participer à des associations sans en faire son dieu, s’engager dans le monde sans vendre son âme.

Car le vrai but de la vie n’est pas de trouver le bon clan.
Le vrai but de la vie est d’appartenir à Dieu.
Et quand l’homme appartient à Dieu, il n’a plus besoin d’étiquettes pour exister.
Il peut appartenir sans idolâtrer.
Il peut marcher dans le monde sans fabriquer un veau d’or pour combler l’absence.

Et Ki-Tissa conclut comme une prophétie pour les temps de confusion : quand Dieu manque, l’homme va se chercher des centres d’intérêts, des causes, des luttes militantes ; il se fabrique un veau d’or et se retrouve dans cette identité. Le veau d’or réclame sa cotisation (temps, argent, loyauté) ; le demi-shekel révèle la seule vraie : l’offrande du cœur à Dieu.

Ki-Tissa nous rappelle que nous sommes ce que nous vénérons, et si nous avons entendu l’appel de Dieu, nous ne devons nous engager vraiment que dans ce qui ramène au centre : Dieu d’abord, puis le reste à sa juste mesure, sans veau d’or, sans emprise, sans substitution.

Et c’est là que le Psaume tranche : les idoles ont une forme, mais elles ont surtout un effet : « ceux qui les font leur ressemblent » (Psaume 115:4–8).
Car l’homme finit par ressembler à ce qu’il adore, à ce qu’il sert, à ce qui est au centre ; il fini par ressembler a son veau d’or il change le visage intérieur.

Mais Moïse avait un visage rayonnant de lumière car Dieu briller en lui.

Alors la question tombe, au milieu des clans : 

« Qui est pour l’Éternel ? »
Et la réponse se lève : « Je suis pour l’Éternel, et pour Lui seul. »

Shabbat shalom

 L . B

Lecture de la parasha: Exode: Chapitre 30 verset 11 à chapitre 34 verset 35.

Lecture de la haftarah: 1 Rois: Chapitre 18 verset 1 à chapitre 20 verset 39.

Lecture messianique: Luc; 11:14 à 20. Actes: 7: 35 à 8:1.  1Corinthiens: 10:1 à 13.  2 Corinthiens : 3:1 à 18.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *