Le mal aimé.
Le mal aimé.
Ça ressemble à une histoire qu’on a déjà vue quelque part…
Un refrain familier, une méfiance instinctive, et puis une table qui renverse tout.
La parasha Vayigach raconte le moment où une histoire brisée commence enfin à se réparer. Après des années de séparation, de culpabilité et de peur, Juda s’avance vers celui qu’ils croient être un puissant dirigeant égyptien, et il plaide pour Benjamin, Il se rend garant de sa vie, prêt à prendre sa place, prêt à payer lui-même le prix, et cette avancée n’est pas seulement un courage humain, c’est le signe d’une téchouva réelle, un repentie véritable parce que dans la bible le pardon n’est pas un sentiment vague, mais un mouvement qui revient au bon endroit, un retour qui s’incarne, une réponse nouvelle dans une situation ancienne. Autrefois, ils avaient sacrifié un frère pour se préserver ; ici, Juda se propose comme sacrifice pour préserver un frère. C’est cela, la téchouva complète : quand la même scène revient, mais que le cœur, lui, a changé.
Il y a des paroles qui traversent les générations sans qu’on sache vraiment pourquoi.
Des chansons qu’on connaît tous.
Des refrains qu’on fredonne presque en souriant.
Et puis, un jour, on se rend compte qu’elles disent quelque chose de très sérieux.
Le mal-aimé,
même si les apparences ne sont pas celles que l’ont croient.
Car les rumeurs l’ont enfermé dans une version fausse. Celui qu’on ne comprend pas vraiment.
Celui dont on se méfie.
Celui dont on croit connaître l’histoire.
Car Joseph, à l’origine, n’est pas seulement un frère rejeté ; il est le mal-aimé au sens le plus intime : celui dont l’identité a été racontée de travers. Il a été réduit à une apparence, à une impression. Et c’est souvent comme cela que commence l’incompréhension : quand les apparences sont mal interprétés.
Il y a des personnes qu’on juge avant même d’écouter, et Joseph en fait partie. Et tout le texte de la Torah nous montre que la plus grande prison n’est pas toujours l’Égypte, mais le récit d’une mauvaise interprétation des personnes qui ne sont pas comprises.
C’est l’attitude de Joseph qui après avoir été maltraité a appris a ne pas montrer ses émotions, parce qu’il a été brisé, il apprend à maîtriser son image, non pas par dureté, mais par nécessité. Il ne laisse voir que ce qu’il veut aux gens qui le connaissent tel qu’il veux se montrer.
Joseph, devenu gouverneur, est connu de ses frères : ils le voient comme un homme puissant, inaccessible, qui décide. Ils ne voient pas l’histoire, ils ne voient pas les larmes, ils ne voient pas les émotions. Et c’est exactement pour cela que le pardon est au centre de cette parasha : parce que sans téchouva, l’histoire reste bloquée sur les apparences, sur les vieux récits, sur les peurs en mémoire.
Vayigach commence par un geste simple : Juda s’approche. Il s’avance vers Joseph, parce qu’un frère est en danger : Benjamin.
Et c’est là que la Torah glisse une phrase étonnante, presque provocante :
Benjamin est comparé à un loup. Quand Jacob l’avait bénis: «Benjamin est un loup qui déchire ;
Le matin il dévore la proie, et le soir il partage le butin. »
Et juste après, le texte ajoute une scène troublante : Joseph fait glisser sa coupe dans le sac de Benjamin.
Benjamin est accusé à tort, comme Joseph l’a été autrefois : une fausse preuve, un verdict trop rapide, un récit fabriqué.
Comme le loup, il devient “coupable” avant d’être entendu… et c’est là que la téchouva va enfin sortir au grand jour.
Le matin, il a le visage du loup qu’on redoute : celui qui impressionne, celui dont on se méfie avant même de le connaître.
Mais le soir, quand la vérité apparaît, il devient celui qui partage : la table remplace la peur, et le butin devient un repas.
Un loup dans l’imaginaire collectif, c’est le danger.
Le loup, c’est celui dont il faut se méfier.
On apprend très tôt à craindre le loup.
Par les histoires.
Par les récits transmis.
Et parfois, il suffit qu’on entende une autre version de l’histoire pour que la peur tombe.
C’est à cause de Benjamin que Joseph se révèle. Comme si la Torah disait : ce que tu redoutes n’est pas toujours ce qui menace la vie ; parfois, c’est ce par quoi Dieu prépare la réconciliation.
Quand Juda s’approche, se produit la chose la plus bouleversante : Joseph ne peut plus se contenir. Il révèle son identité. le “pouvoir” devient “l’amour . Et la phrase intérieure du mal-aimé se renverse : ce n’est plus “je serai incompris toute ma vie”, c’est “on peut me connaître enfin, au-delà de ce que j’ai dû montrer.” Le pardon a ouvert un passage pour que le vrai visage puisse apparaître.
Et peut-être que c’est la question de Vayigach : est-ce que je vais continuer à lire l’histoire que j’ai entendue, selon le groupe, selon la rumeur, selon l’apparence, ou est-ce que je vais oser changer de regard, à changer de lecture, à m’approcher, à m’asseoir à la table, et à découvrir que le “mal-aimé” n’était pas mauvais, qu’il était juste incompris, et que derrière ce qu’il montrait, il y avait un cœur qui attendait d’être connu.
Joseph n’a pas dit :
« Regardez ce que vous m’avez fait. »
Il a dit :
« Dieu m’a envoyé devant vous pour préserver la vie. »
C’est ainsi que Joseph s’est révélé.
Et c’est ainsi que la révélation du Messie se manifeste encore aujourd’hui.
Yeshoua, le mal aimé, l’incompris, est venu en Homme sur la terre, attendant que chacun de nous s’approche de lui avec une vrai envie de savoir la vérité. Avec une sincère repentance de l’avoir rejeté en tant que Juif, en tant que Messie, en tant que Fils de Dieu. C’est là que la parasha Vayigach nous apprend que tout commence par le pardon envers Yeshoua. Reconnaître que l’on a pu faire certaines erreurs, mais que maintenant on est prêt à lui offrir notre vie.
Mais le texte insiste sur un détail troublant : il y a un repas.
Un vrai repas. Un festin. Une table dressée.
Dans la Bible, on ne mange jamais par hasard.
La table est un lieu de vérité.
On ne partage pas un repas avec quelqu’un qu’on pense qui dit faux.
On partage un repas avec quelqu’un qui veut donner du Vrai.
Joseph veut se révéler à ses frères, il veut montre la vérité.
Il est là pour les sauver.
Yeshoua nous invite a partager son repas de Shabbat. Dans cette présence insolite qui le soir du shabbat comme un miracle il s’approche de nous dans le silence de notre coeur.
Joseph et Yeshoua ont fait exactement la même chose.
Il se présente comme un homme. Simple. Accessible.
Prêt à pardonner.
Et le loup, dans tout cela, n’est pas l’ennemi.
Il est le déclencheur.
Sans Benjamin, pas de confrontation, pas de repentance, pas de révélation.
Le loup est la clé silencieuse.
Celui autour duquel la vérité finit par apparaître.
Vayigach nous pose alors une question très actuelle :
et si ce que nous craignons n’est pas ce qui menace la vie,
mais ce que nous n’avons pas encore appris à comprendre ?
Celui qu’on a raconté autrement… jusqu’à le rendre méconnaissable.
Non pas en le reniant, mais en le remplaçant par une version plus acceptable : un portrait arrangé, un Messie sans exigence, sans royauté, sans Torah… un Messie christianisé.
Et peut-être que le vrai retournement commence le jour
où l’on accepte de changer de regard sur celui qu’on a tant repousser.
Celui qu’on avait appris à craindre. Celui qu’on nous avait fortement interdit de fréquenter celui qu’on nous a fortement interdit d’écouter.
Peut-être que Vayigach nous pose cette question, à chacun :
Et si ce que je crains
n’est pas ce qui me menace,
mais ce que je n’ai pas encore appris à comprendre ?
Car parfois, il faut oser s’asseoir à la table avec celui qu’on a redouté, pour découvrir qu’il était venu nourrir, et non dévorer.
C’est exactement le mouvement de Vayigach :
quelqu’un s’approche, quelqu’un veut comprendre, quelqu’un se donne…et la révélation arrive.
Vayigach, ce n’est pas seulement Juda qui s’avance vers Joseph.
C’est l’humanité qui s’avance vers le mal-aimé… et qui accepte enfin de déposer ses vieux récits, ses peurs. Parce que tant qu’on reste loin, on ne voit qu’un “gouverneur” dur, un “loup” menaçant, une version arrangée.
Mais quand on s’approche, quand on se donne, quand on revient au bon endroit… alors le voile tombe.
Le matin, on dévore des rumeurs.
Le soir, on partage le pain.
Entre les deux, il y a un seul mouvement : s’approcher avec vérité.
Et c’est là que la révélation arrive : Joseph n’est pas un tyran, il est un frère.
Le loup n’était pas l’ennemi : il était la clé.
Et le Messie n’est pas une idée : Il est réel, Il est présent, Il est vivant.
Alors la question de Vayigach devient personnelle :
est-ce que je vais continuer à croire ce qu’on m’a raconté… ou est-ce que je vais m’approcher enfin ?
Car la révélation ne tombe pas sur des spectateurs.
Elle visite ceux qui osent la téchouva, et qui s’asseyent à la table avec Celui qu’ils n’osaient plus regarder. Ce juif ce mal aimé, qui s’est sacrifier pour nous car il nous a aimé.
Shabbat shalom
L . B
Shabbat shalom
L.B
Lecture de la parasha: Genèse: Chapitre 44 verset 18 à chapitre 47 verset 27.
Lecture de la haftarah: Ezéchiel: Chapitre 37 verset 15 à 28.
Lecture messianique: Actes :7: 9 à 16. Et 1 Corinthiens: 3: 9 à 23.

