Là-haut .
Chemini Atséret et Sim’hat Torah
Après les sept jours de Soukot vient Chemini Atséret, Sim’hat Torah le huitième jour, que la Torah présente comme une assemblée solennelle devant Dieu, la septième fête. Nous nous rassemblons encore auprès de Dieu, puis nous achevons la lecture de la Torah avant de la reprendre au commencement.
Cette année, une image inattendue s’est invitée avec humour dans la réflexion de ce message: celle du dessin animé Là-haut, de Pixar. L’histoire d’une maison qui s’envole, portée par des milliers de ballons, voilà une manière inhabituelle d’aborder les fêtes bibliques ! Pourtant, derrière cette image pleine de couleurs, le film raconte une histoire qui peut éclairer notre chemin : un rêve longtemps porté, une vie traversée ensemble et une découverte qui change le regard sur tout ce qui a été vécu.
Dans l’histoire les personnages Carl le mari et Ellie sa femme partagent le rêve de rejoindre un jour les Chutes du Paradis, et d’y installer leur maison. Les années passent. Ils travaillent, aménagent leur foyer, se construisent de beaux souvenir. Puis Carl se retrouve seul avec leur maison, leurs souvenirs et cette promesse inaccomplie. Il décide alors d’attacher des milliers de ballons au toit et de partir enfin vers les chutes du Paradis.
Il emporte toute une vie avec lui : les murs, les meubles, les objets auxquels leurs souvenirs sont attachés. Cette maison nous fait penser à nos propres demeures, à tout ce que nous construisons et protégeons. Pendant Soukot, nous avons habité une souka, une demeure provisoire. Nous l’avons décorée comme avec des souvenirs pris de nos temps de vie heureux, nous y avons partagé des repas et des moments de joie. Sa fragilité nous rappelle celle de notre vie terrestre. Et lorsque nous regardons le chemin parcouru, nous pouvons aussi nous souvenir des bénédictions reçues, des temps forts de notre foi, des grandes émotions avec Dieu.
Cette dernière fête Chemini Atséret, Sim’hat Torah arrive au terme des sept jours de Soukot, mais ce huitième jour possède une place particulière.
Dans le dessin animé, Là-haut, le personnage Carl pense qu’il lui faut conduire sa maison jusqu’aux Chutes du Paradis pour achever enfin le rêve partagé avec Ellie sa femme.
Soukot nous fait penser d’une autre manière, à regarder ce que signifie habiter : pendant sept jours comme un temps de vie ou l’on décore sa Souka comme pour nous rappeler des bons souvenirs de notre vie. Toutes ses fois ou l’on a vécu des moments particuliers avec Dieu, des bénédictions, des faveurs du ciel inattendu, des miracles, des choses surnaturelles, le réconfort dont on avait besoin, toutes ses choses qui nous ont fait nous rapprocher de Dieu.
Chemini Atséret vient après cette expérience sur la réflexion du temps qui passe. La demeure provisoire a rempli son rôle; notre âme envisage un après de notre corps de chair. Ce qui compte maintenant, c’est la relation avec Dieu que nous emporterons au-delà de la fête.
L’histoire d’Ellie et de Carl nous aide à ressentir cette différence entre voir le but et y parvenir. Dans leur histoire, Ellie l’épouse a longtemps désiré voir les Chutes du Paradis. Mais le rêve qu’elle a partagé avec son mari Carl demeure vivant après elle. Ils ont porté un rêve de voyage, d’espérance de paradis éternel.
Dans ce dessin animé avant son grand départ, Ellie apporte un livre à Carl, qui lui révèle une réponse qu’il n’attendait pas. En le rouvrant, il découvre que leur vie commune était déjà remplie de moments précieux. Son regard change avant même que son histoire soit terminée. Il envisage que leurs rêve peut continuer Là-Haut vers les chutes du Paradis. Ce livre lui ouvre une perspective nouvelle.
Leur vie les a mené vers une vie éternelle. Rien n’est jamais fini!
À Sim’hat Torah, cette fin est immédiatement suivie d’un commencement. Nous achevons la lecture du Deutéronome, puis un autre rouleau est ouvert. Aussitôt résonnent les premiers mots de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Nous venons d’accompagner Moïse jusqu’au terme de sa vie, et déjà nous entendons Dieu appeler le monde à l’existence. Moïse s’arrête. La promesse continue. La Parole nous ramène au commencement pour nous conduire plus loin, nous élever dans la connaissance.
Les mots « Au commencement » n’ont pas changé, mais nous les entendons après tout le chemin parcouru. Chaque lecture peut approfondir la précédente.
Cette connaissance nous appelle à aller là-haut : vers une compréhension plus profonde de la Bible et une relation plus étroite avec Dieu. Yeshoua dit que la vie éternelle consiste à connaître le Père et celui qu’il a envoyé.
Ainsi, notre joie de lire encore la Torah ne vient pas seulement de ce que nous apprenons.
À Sim’hat Torah, les paroles que nous retrouvons sont les mêmes que l’année précédente. Pourtant, nous les entendons après une année de vie supplémentaire.
Nous avons traversé des épreuves, reçu des réponses, appris à patienter, parfois reconnu nos erreurs. Une parole autrefois lointaine peut soudain nous rejoindre. Ce que nous avions compris hier révèle une profondeur nouvelle.
Nous revenons au commencement, mais nous ne revenons pas au point de départ.
À Sim’hat Torah, cette joie s’exprime par les chants et les danses avec les rouleaux de la Torah. les rondes autour de la table de lecture. L’amour de la Parole prend corps : les pieds dansent, les bras portent, les voix se réunissent. Dans notre lecture messianique, ce geste nous fait aussi penser à Yeshoua, la Parole faite chair. Danser avec la Torah peut devenir pour nous une manière d’exprimer notre joie auprès du Messie que nous y avons reconnu.
Carl et Ellie ont eux aussi dansé ensemble au cours de leur vie. Ces instants simples appartenaient déjà à leur bonheur, bien avant le voyage espéré. Cette image nous rappelle que notre relation avec Dieu se vit dès maintenant. Nous pouvons nous réjouir de lui aujourd’hui, tout en attendant de le voir face à face. Notre union avec le Messie est une communion vivante : Paul écrit que celui qui s’unit au Seigneur est « un seul esprit » avec lui.
Revenons alors à l’image la plus emblématique du film Là-haut : les ballons, ils soulèvent la maison, lui font quitter le sol et traverser les nuages. Ce qui paraît si lourd notre corps de chair devient capable de s’élever quand nous aurons un corps céleste, après notre mort.
Dans 1 Corinthiens 15; 53, cela parle directement de la transformation du corps à la résurrection :
« Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité.
Paul compare ici notre corps terrestre à une tente provisoire, en parlant de notre espérance d’une demeure céleste.
Philippiens 3:21 dit précisément que Yeshoua transformera notre corps :
«Il transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire
Vous tous, qui avez été immergé dans le Messie, vous avez été revêtu du Messie.
Un petit rapprochement de guématria peut accompagner cette image. En hébreu moderne, « ballons » vaut 138. Le mot, « rejeton », possède la même valeur. Jérémie emploie ce mot lorsqu’il annonce le Messie « le rejeton juste » issu de David.
Cette correspondance numérique est un clin d’œil poétique, que nous pouvons rapprocher de notre espérance messianique. Cette référence préfigure le souffle du messie qui nous élève vers Dieu.
Les ballons de Carl portent sa maison vers un rêve qu’il ne veut pas abandonner. Pour nous, chaque lecture de la Torah est comme le souffle de l’Esprit de Yeshoua qui nous ouvre l’esprit de la connaissance. Nous découvrons davantage qui est Dieu, et le désir de vivre auprès de lui grandit. « Là-haut » devient alors plus qu’une direction : c’est l’attente de celui qui nous y prépare une place.
Et la promesse biblique va plus loin encore que l’image d’une maison qui monte vers le ciel. Dans l’Apocalypse, Jean voit un ciel nouveau et une terre nouvelle ; il voit la demeure de Dieu avec les hommes.
Car notre désir d’aller « là-haut » reçoit une réponse précise de Yeshoua. Il parle de la maison de son Père, où se trouvent de nombreuses demeures, et annonce qu’il prépare une place pour les siens. Il promet de les prendre auprès de lui, afin qu’ils soient là où il est.
Cette espérance éclaire nos fêtes. La souka nous a rappelé notre demeure provisoire. Chemini Atséret nous a fait goûter la joie de la proximité de Dieu. Sim’hat Torah nous a remis sa Parole entre les mains, avec le désir de se rapprocher. Cette attente nous appelle à vivre pleinement le chemin présent.
Gardons devant nous la promesse de Yeshoua : une place auprès du Père. Nous pouvons continuer à marcher avec cette espérance, même lorsque tout ce que nous désirons voir reste encore devant nous.
Alors célébrons ces fêtes avec joie : les bougies allumées selon les usages de la fête, le kiddouch, les repas partagés et les chants. On danse avec sa bible. Le fait de danser avec sa Bible révèle tout le sens de la fête : cette intimité avec le Messie nous fait espèrer notre grand voyage vers le paradis.
Réjouissons-nous avec la Torah, Il est vivant.
À cette fête, la lecture est importante, car nous devons sceller notre histoire avec Dieu en finissant le cycle des parasha, en terminant la Torah — les chapitres 33 et 34 du Deutéronome —, et nous commençons en boucle quelques versets de la Genèse, comme pour un éternel recommencement.
Là-haut : un titre qui élève notre regard vers la promesse. Aujourd’hui, nous rouvrons la Parole. Aujourd’hui, nous dansons et nous marchons avec la Torah. Un jour, nous verrons face à face celui que nous avons appris à aimer.
Que la joie de Chemini Atséret et de Sim’hat Torah affermisse cette espérance dans nos cœurs.
Hag Sameah !
L. B
Lectures associées :
- Deutéronome : Chapitre 33 verset 1 à
- chapitre 34 verset 12
- Genèse : Chapitre 1 verset 1 à chapitre 2 verset 3
- Josué : Chapitre 1 verset 1 à 18
- Marc : Chapitre 12 verset 28 à 34
- Jean : Chapitre 7 verset 37 à 40
- Apocalypse : Chapitre 21:1 à 22:5

