PARASHA KI TAVO
Ce que Dieu voit dans le secret
Avec la parasha Ki Tavo, nous arrivons presque au terme des dernières paroles de Moïse. Israël se tient toujours à l’est du Jourdain. Le pays promis est devant lui, mais il n’y est pas encore entré. Depuis le début du Deutéronome, Moïse répète, enseigne, rappelle la Torah et avertit contre l’idolâtrie, l’oubli, les faux prophètes et tout ce qui pourrait détourner Israël de l’Éternel.
Alors pourquoi Ki Tavo ? Pourquoi encore des recommandations, des bénédictions et des malédictions ? Qu’est-ce que Moïse vient ajouter que nous n’aurions pas déjà entendu ?
Ki Tavo signifie « quand tu entreras ». Et va citer les malédictions et les bénédictions devant le Mont Ébal et devant le Mont Garizim.
Moïse commence à parler de ce qui se passera dans le secret.
Dans le désert, Israël vivait ensemble. Le sanctuaire était au milieu du camp, Moïse était là, la nuée était visible. Mais dans le pays, chacun sera dispersé dans son héritage. Il y aura désormais une vie publique et une vie privée, ce que les autres verront et ce que personne ne verra.
Et Ki Tavo pose alors une question beaucoup plus profonde que celle de l’apparence religieuse :
Qui seras-tu lorsque personne ne regardera ?
Après les prémices, les dîmes et le renouvellement de l’alliance, Israël devra dresser de grandes pierres et y inscrire les paroles de la Torah. Puis le peuple se trouvera symboliquement devant deux directions : le Mont Garizim, associé à la bénédiction, et le Mont Ébal, associé à la malédiction.
Et en Deutéronome 27, un détail devient particulièrement frappant.
« Maudit soit l’homme qui fait une image taillée ou une image en fonte… et qui la place dans un lieu secret. »
Puis :
« Maudit soit celui qui frappe son prochain en secret. »
Voilà ce que Moïse vient peut-être ajouter aux avertissements précédents.
Il ne parle plus seulement du péché que tout Israël peut voir.
Il parle du secret.
De ce que l’on peut cacher aux hommes tout en continuant à paraître fidèle devant eux.
On peut appartenir au peuple de Dieu et installer une idole dans le secret.
On peut avoir une apparence irréprochable et entretenir autre chose lorsque personne ne regarde.
C’est le secret d’Ébal : ce que l’on nourrit dans l’ombre et qui finit par nous conduire dans une direction opposée à Dieu.
Pourtant, une petite chose tolérée dans le secret peut prendre de la place. Ce que nous tolérons occasionnellement peut devenir ce que nous pratiquons régulièrement, et ce que nous pratiquons régulièrement peut finir par exercer une autorité sur nous.
Voilà pourquoi Paul, lorsqu’il reprend précisément l’histoire d’Israël dans le désert, écrit :
« Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. »
(1 Corinthiens 10:12)
Le danger est justement de croire que cela ne peut pas nous arriver.
Nous vivons dans un monde où énormément de choses peuvent entrer dans notre intimité sans faire de bruit. Un téléphone tient dans une main et ouvre pourtant une fenêtre sur le monde entier. Images, réseaux sociaux, discours, argent, recherche de reconnaissance, certaines fréquentations ou certaines croyances peuvent progressivement prendre une place qui ne leur appartenait pas.
Il ne s’agit pas de vivre dans la peur ni d’imaginer le mal derrière chaque personne ou chaque objet. Il s’agit de discerner ce que nous nourrissons dans le secret, parce que tout ce qui est invisible n’est pas sans conséquence.
Et c’est peut-être cela, Ébal :
ce que personne ne voit, mais qui nous éloigne progressivement de Dieu.
Mais Ki Tavo ne nous parle pas seulement d’un mauvais secret.
Il existe aussi un secret qui appartient à la bénédiction.
C’est peut-être une magnifique image du secret de Garizim : tout ce qui se passe avec Dieu n’a pas besoin d’être immédiatement exposé aux regards des autres.
Il existe des prières que personne n’entend.
Des dons que personne ne connaît.
Des renoncements dont personne ne saura jamais le prix.
Des actes de bonté sans photographie, sans publication, sans applaudissements.
Des combats remportés intérieurement dont personne ne parlera.
Des cœurs qui commencent à s’ouvrir à Dieu alors que personne autour d’eux ne le sait encore.
Et Yeshoua lui-même donnera une valeur immense à ce secret :
« Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite… afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
Matthieu 6;3-4
Puis pour la prière :
« Entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret. »
Matthieu 6;6
Voilà l’autre secret.
Le mauvais secret cherche l’obscurité pour se cacher de Dieu et des hommes.
Le bon secret cherche l’intimité pour être avec Dieu sans avoir besoin du regard des hommes.
Extérieurement, les deux sont invisibles.
Spirituellement, ils sont totalement opposés.
Et là, Ki Tavo devient profondément messianique.
Reconnaître Yeshoua peut parfois commencer dans un secret absolu, personnel.
Un verset prend soudain un autre sens. Une conviction naît. Un cœur s’ouvre. Quelqu’un comprend intérieurement quelque chose qu’il n’avait jamais compris auparavant.
Et personne autour de lui ne le sait nécessairement.
Ce n’est pas toujours évident de parler immédiatement de ce que l’on vient de découvrir. Dans certains environnements familiaux ou religieux, reconnaître Yeshoua peut provoquer l’incompréhension, le rejet ou l’exclusion.
Dans les écritures le message de Jean connaît précisément cette situation :
« Cependant, même parmi les chefs, plusieurs crurent en lui ; mais, à cause des pharisiens, ils n’en faisaient pas l’aveu, dans la crainte d’être exclus de la synagogue. »
Jean 12;42
Et Joseph d’Arimathée est présenté comme disciple de Yeshoua, « mais en secret par crainte »Jean 19;38.
Il était disciple avant que tout le monde le sache.
Sa relation à Yeshoua existait déjà dans le secret.
Cela ne signifie pas que la foi doit toujours rester cachée ni que nous devons avoir honte du Messie. Paul parlera aussi de croire dans son cœur et de confesser de sa bouche.
Mais il existe parfois un temps du secret.
Un temps où l’on n’a pas besoin de s’afficher, de tout annoncer, de convaincre tout le monde ni de transformer immédiatement ce que l’on vient de recevoir en déclaration publique.
Dieu sait ce qui est réellement en train de naître.
Joseph d’Arimathée en est une magnifique illustration. Pendant un temps, sa foi demeure cachée. Puis arrive un moment où ce qui vivait dans le secret produit naturellement un acte visible : après la mort de Yeshoua, Joseph se présente devant Pilate et demande son corps.
Il n’a pas eu besoin de fabriquer son témoignage.
Le fruit a fini par apparaître parce que la racine existait déjà.
Et voilà peut-être le lien extraordinaire avec les prémices de Ki Tavo.
Le premier fruit que l’on apporte devant Dieu n’est pas apparu le jour où on l’a placé dans la corbeille.
Il a d’abord poussé dans le secret.
De même, certaines des œuvres les plus profondes de Dieu commencent sans bruit.
Nous voudrions parfois montrer immédiatement ce que Dieu fait, expliquer, convaincre, annoncer. Mais Dieu travaille souvent autrement : Il commence par la racine avant de montrer le fruit.
Quelqu’un peut sembler loin de Dieu alors qu’une porte vient de s’ouvrir dans son cœur.
Quelqu’un peut ne rien dire de Yeshoua alors qu’il commence justement à Le chercher.
Quelqu’un peut être en train de recevoir une révélation que Dieu seul voit encore.
Et voilà peut-être l’image centrale de Ki Tavo.
Devant Israël se dressent Ébal et Garizim.
Deux directions.
Et derrière ces deux directions, nous pouvons voir deux secrets.
Sur le chemin d’Ébal : ce que je cache parce que je sais que cela m’éloigne de Dieu.
Sur le chemin de Garizim : ce que je garde dans l’intimité parce que cela appartient d’abord à Dieu.
Dans les deux cas, personne ne regarde.
Mais Dieu voit.
Et peut-être que la véritable fidélité commence précisément là.
Non pas lorsque nous sommes entourés de croyants.
Non pas lorsque quelqu’un nous observe.
Non pas lorsque notre foi est visible.
Mais lorsque personne ne regarde.
Que regardons-nous ?
Que faisons-nous de notre argent ?
Que faisons-nous lorsque nous pourrions pécher sans être découverts ?
Mais également : savons-nous encore faire du bien sans être vus ?
Donner sans le dire ?
Prier sans le montrer ?
Servir sans être félicités ?
Aimer Dieu sans avoir besoin de prouver aux autres que nous L’aimons ?
C’est là que le secret devient révélateur du cœur.
Et la fin de Ki Tavo prend alors une profondeur particulière lorsque Moïse dit :
« Jusqu’à ce jour, l’Éternel ne vous a pas donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. »
On peut connaître les Écritures pendant des années et soudain seulement comprendre quelque chose que Dieu était déjà en train de montrer.
On peut connaître l’histoire du Messie et, un jour, reconnaître le Messie.
Certaines révélations commencent comme une semence.
Il faut les éprouver à la lumière des Écritures, les laisser prendre racine, les protéger du bruit, du doute et de toutes les voix qui voudraient les étouffer.
Alors Ki Tavo ne nous demande pas seulement :
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Elle nous demande :
« Qu’est-ce que tu fais dans le secret ? »
Car c’est souvent là que se décide la direction de notre vie.
Le mauvais secret commence petit, se cache et peut finir par nous entraîner vers Ébal.
Le bon secret commence parfois tout aussi petit, mais il grandit devant Dieu et finit par porter un fruit de Garizim.
Ébal et Garizim commencent avant d’être visibles. Ils commencent dans le secret.
Lorsque personne ne regarde, nous sommes déjà en train de choisir une direction.
Alors choisissons le secret qui donne la vie.
Car ce qui grandit avec Dieu dans le secret finira, au temps voulu, par porter son fruit.
Yeshoua dira : « Vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et votre intérieur est plein de mauvaises intentions et de méchanceté » Luc 11; 39. On peut faire briller l’extérieur de la coupe, afficher une foi parfaite, paraître irréprochable, multiplier les signes religieux et donner aux autres l’image d’une grande sainteté ; mais Dieu, Lui, regarde à l’intérieur de la coupe. Il voit les mauvais secrets, l’indifférence, l’injustice, ce que nous faisons lorsque personne ne regarde, mais aussi le bien que nous accomplissons sans chercher à être vus. Ki Tavo nous rappelle ainsi que la véritable bénédiction ne commence pas dans l’apparence : elle commence dans le secret du cœur.
Shabbat shalom
L . B
Lecture de la parasha;
Deutéronome ;
Chapitre 26 verset 1 à chapitre 29 verset (8) ou 9.
Lecture de la haftarah;
Esaïe; Chapitre 60 verset 1 à 22.
Lecture messianique;
Mathieu; 13; 1 à 23.
Luc; 21; 1 à 4.
Actes; 28; 17 à 31.
Romains; 11; 1 à 15.

