Parasha Mattot-Massé
Les paroles qui retiennent, les étapes qui libèrent.
Dans les deux dernières parasha du livre des Nombres, Mattot et Massé, la Torah nous place devant un passage très profond. Israël est presque arrivé au bout du désert. L’Égypte est derrière, la terre promise est devant, mais avant d’entrer dans l’héritage, Dieu traite encore quelque chose d’invisible : les paroles, les liens, les engagements, les traces du passé et tout ce qui peut encore retenir l’âme, tout ce qui nous bloque dans la vie.
Mattot commence par les vœux. Moïse enseigne aux chefs des tribus qu’une parole prononcée, ne doit pas être prise à la légère : Dès le début, la Torah révèle que la parole n’est pas neutre. Ce qui sort de la bouche peut engager l’homme, le lier, l’inscrire dans une direction. Une parole peut devenir une alliance, une promesse, un vœu, mais aussi un poids, une corde, une prison.
Ainsi, Mattot et Massé forment ensemble une révélation très forte : Dieu montre d’abord ce qui peut nous bloquer dans la vie, puis Il révèle le chemin par lequel on se débloque.
Mattot expose la puissance des paroles. Massé expose la profondeur du processus qui libère. Car sortir d’Égypte ne suffit pas toujours ; il faut encore que l’Égypte sorte de l’homme. Il faut encore que les anciennes voix, les anciennes blessures, les anciens attachements et les anciens engagements et promesses perdent leur autorité.
Il existe des paroles que l’homme prononce lui-même : des promesses, des engagements, des pactes, des vœux parfois formulés par ignorance.
Parfois la vie nous a placé dans des endroits ou l’on a pris position pour des trucs dont on regrette. Des parties pour des causes qui nous ont engager a des idéologies, des croyances, des communautés auquel on a cru, et que l’on regrette.
Mais il existe aussi des paroles reçues, des paroles déposées sur une vie par d’autres voix. Une phrase répétée, une accusation, une humiliation, une étiquette posée sur une personne peuvent finir par devenir une croyance intérieure.
Alors la parole ne reste plus seulement un souvenir. Elle devient un blocage. Elle devient une limite invisible. Elle peut empêcher une personne d’avancer.
Certaines paroles ne blessent pas seulement sur le moment. Elles entrent plus profondément dans l’être et créent comme un trouble intérieur.
Ces paroles traumatisantes peuvent laisser des traces dans la pensée, dans le corps, dans la confiance, dans la relation aux autres et même dans la relation à Dieu.
Alors la guérison ne consiste pas seulement à oublier ce qui a été dit. Il faut que Dieu vienne toucher le trouble que cette parole a produit, qu’Il remette de l’ordre là où le mensonge a créé du désordre, et qu’Il restaure en profondeur ce que la parole blessante avait perturbé.
C’est pourquoi Mattot ne parle pas seulement de vœux extérieurs. Cette parasha révèle que les mots ont un poids spirituel. Ils peuvent devenir des liens, des engagements, des blessures, des pactes invisibles ou des prisons intérieures.
Il faut savoir que chaque parole lancée ne s’arrête pas tant qu’elle n’a pas atteint son but. C’est là tout le problème et toute la difficulté à stopper les mauvaises paroles.
Il est parfois très facile de parler, facile de dire, de promettre, de s’attacher, de s’engager, de laisser une parole sortir de la bouche. Mais une fois prononcée, cette parole laisse une trace. Elle peut s’inscrire dans l’âme, dans la mémoire, dans la relation, dans la destinée.
Il suffit parfois d’une parole pour nouer une vie, mais il faut tout un chemin pour défaire le nœud, et c’est là que cela se complique.
Mais la deuxième parasha, Massé, tente de nous donner la solution.
Les 42 étapes sont un long processus de dénouement.
Dans la tradition juive, le Nom de Dieu en 42 lettres est associé à un chemin spirituel profond.” ce qui nous indique déjà que Dieu est la solution unique pour annuler les paroles. C’est la parole de Dieu qui a le pouvoir de débloquer.
Ésaïe 55; 11 dit que la parole sortie de la bouche de Dieu ne revient pas à Lui sans effet : elle accomplit Sa volonté et atteint le but pour lequel Il l’a envoyée.
Cela nous fait comprendre, par contraste, qu’une parole prononcée n’est jamais légère : une fois lancée, elle peut continuer sa course et produire son effet.
La réponse biblique n’est pas de faire comme si elle n’avait jamais existé, mais de la ramener devant Dieu : la reconnaître, la confesser, la retirer, et prononcer à sa place une parole de vérité et de bénédiction.
Là où une parole a blessé, la repentance et la bénédiction viennent fermer la porte et replacer la situation sous l’autorité de Dieu.
Mais pour arriver à renverser des paroles, il faut passer par les étapes intérieures, pour ramener à la conscience le moment où le blocage a eu effet sur nous.
Les 42 étapes de Massé peuvent alors être lues comme 42 passages de libération, de déblocage, de confrontation, comme des moments où Dieu reprend une partie de l’histoire pour la faire sortir de l’enfermement.
Une parole humiliante peut enfermer une personne dans une fausse identité. Une parole de rejet peut figer le temps. Un engagement prononcé trop vite peut devenir une corde intérieure. Un attachement affectif, spirituel ou familial peut devenir un lien difficile à rompre. Ce qui a été dit reste parfois comme inscrit dans la mémoire de l’âme.
Massé devient ainsi la parasha du désengagement profond.
Dieu ne libère pas seulement Israël de l’Égypte extérieure. Il le libère des traces que l’Égypte a laissées en lui.
Les 42 étapes ressemblent à un grand nœud que Dieu vient défaire. Chaque station enlève une boucle. Chaque déplacement libère une corde. Chaque arrêt révèle une attache cachée. Ce qui a été noué par la parole, par la peur, par l’amour mal placé, par la blessure, par l’engagement ou par l’habitude, ne se défait pas toujours en un instant.
Dieu avance avec l’homme dans un processus. Il ne tire pas brutalement sur le nœud, car cela pourrait blesser davantage. Il défait étape après étape. Mais ces 42 étapes ne sont pas seulement des étapes de libération. Elles deviennent aussi des étapes de conscience. Car pour être réellement délié, il ne suffit pas toujours de couper un lien. Il faut parfois comprendre pourquoi ce lien a pu tenir si longtemps.
Pourquoi cette parole a-t-elle bloqué ? Pourquoi cette phrase a-t-elle pris autant de place ? Pourquoi la réaction n’a-t-elle pas été possible ? Pourquoi n’ai-je pas su partir, répondre, refuser, défaire, dénoncer, sortir ? Pourquoi cet engagement, cet attachement a-t-il gouverné une partie de la vie ?
Ces questions ne sont pas là pour accuser, mais pour éclairer. Car souvent, l’homme ne reste pas lié parce qu’il veut rester lié. Il reste lié parce qu’une partie de lui n’a pas compris, n’a pas su, n’a pas pu, ou n’avait pas encore la force de se lever. Il y a des moments où la vie est comme figée. Elle entend, elle subit, elle enregistre, mais elle ne sait pas encore comment sortir.
La lecture de Jacques 4;1-12 éclaire Massé d’une manière très concrète. Jacques ne parle pas seulement de conflits extérieurs ; il révèle les combats cachés à l’intérieur de l’homme. Il montre que certaines luttes viennent des confusions et des désordres qui sont attachés au cœur.
Dans cette lumière, Yeshoua le Messie apparaît comme la Parole plus haute que toutes les paroles qui ont enfermé l’homme. Il est la Parole vivante qui vient contredire les fausses déclarations, briser les condamnations, défaire les liens invisibles et replacer l’âme sous l’autorité de Dieu.
Il devient aussi le refuge. Dans Massé, les villes de refuge offrent un lieu d’attente, un lieu de mise à l’abri, jusqu’au moment propice où la liberté peut être retrouvée.
Spirituellement, Yeshoua est ce refuge vivant. Il est Celui vers qui l’homme court lorsqu’il ne sait plus comment se défendre, lorsqu’il est poursuivi par son passé, par ses erreurs, par les paroles reçues, par les liens qui l’ont retenu.
Yeshoua nous fait passer par ce processus jusqu’à nous faire remonter à ces paroles, pour ainsi les immobiliser et les annuler. Il faut passer par ces moments parfois brutaux pour bien se remémorer le contexte de certaines paroles ou de certains engagements, afin que cela ne soit pas pris à la légère.
Car si nos paroles nous ont liés, que ce soit dans un engagement spirituel ou dans tout autre domaine, il faut ce temps pour en défaire chaque lettre, une à une, comme une vraie repentance profonde du cœur.
Car ce que la parole lie facilement, aussi elle se délie malheureusement difficilement.
Mattot-Massé proclame alors une parole prophétique : ce qui a été noué peut être délié. Ce qui a été figé peut reprendre vie. Ce qui a été enfermé peut retrouver le mouvement. Et l’homme qui marche avec Dieu, étape après étape, ne reste pas prisonnier de ce qui a été dit sur lui.
Une parole peut figer le temps, mais la parole de Dieu peut remettre la vie en mouvement.
Matthieu 12; 36-37 vient sceller cette vérité avec force : Yeshoua dit que les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront prononcée, car c’est par nos paroles que nous serons justifiés, et par nos paroles que nous serons condamnés. Cela montre que la parole n’est jamais un simple bruit qui disparaît. Elle porte un poids devant Dieu. Elle révèle ce qui habite le cœur, elle ouvre une direction, elle engage l’homme et peut produire des conséquences. C’est pourquoi la bouche doit être ramenée sous l’autorité de Dieu, afin que les paroles qui ont blessé, lié ou détruit soient remplacées par des paroles de vérité, de repentance et de vie.
Une parole humaine peut lier en un instant, mais la Parole de Dieu peut libérer jusqu’aux profondeurs.
Et lorsque Dieu a parlé, aucune voix ancienne n’a le dernier mot.
Shabbat shalom
L . B
Lecture Mattot:
Parasha
Nombres: Chapitre: 30 verset 2 (1) à Chapitre 32 verset 42.
Haftarah:
Jérémie: Chapitre: 1 verset 1 à chapitre 2 verset 3.
Messianique:
Mathieu: Chapitre 5 verset 33 à 37.
Lecture Massé.
Parasha:
Jérémie: Chapitre 33 verset 1 à chapitre 36 verset 13.
Haftarah:
Jérémie: 2 verset 4 à chapitre 4 verset 2.
Messianique:
Jacques: Chapitre 4 verset 1 à 12.

