Parasha Pinhas : fermer la brèche de Balaam
La parasha Pinhas commence dans un moment très particulier. Elle ne commence pas dans le calme, ni dans une atmosphère de paix apparente. Elle commence juste après une grande chute spirituelle du peuple.
Israël s’est attaché à Baal-Peor. Le peuple a été entraîné dans l’idolâtrie, dans l’impureté, dans un mélange qui a ouvert une brèche terrible au milieu du camp.
Balaam n’avait pas réussi à maudire Israël. Il avait été appelé pour faire tomber une parole de malédiction sur le peuple, mais Dieu avait retourné sa bouche. Mais l’ennemi connaît aussi une autre stratégie. Si la malédiction ne peut pas sortir par la bouche, elle cherchera à entrer par la séduction. C’est là que se révèle la doctrine de Balaam.
Dans Nombres 31:16, Moïse révèle que la chute de Baal-Peor est arrivée selon le conseil de Balaam. Le Nouveau Testament nomme clairement cette réalité dans Apocalypse 2;14 : Yeshoua reproche à l’assemblée de Pergame de laisser certains s’attacher à la doctrine de Balaam, celui qui enseignait à Balak à placer une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël. Cette doctrine consistait à faire entrer le peuple dans un mélange entre idolâtrie et impureté, un mélange entre le vrai et le faux.
Pierre parle de la voie de Balaam, Jude parle de l’égarement de Balaam, et l’Apocalypse parle de la doctrine de Balaam. Dans les trois cas, Balaam représente une séduction spirituelle qui détourne le peuple de Dieu, souvent par intérêt, par compromis ou par mélange avec ce qui ne vient pas de Dieu. Une sorte de connaissance basé sur les miracles, les guérisons ramené d’Egypte.
La doctrine de Balaam, ce n’est donc pas seulement une faute sexuelle. C’est une stratégie spirituelle. C’est l’art de faire tomber le peuple de Dieu par une alliance toxique entre séduction, et idolâtrie.
Balaam avait compris que tant qu’Israël restait attaché à Dieu, aucune malédiction ne pouvait l’atteindre. Alors il fallait faire entrer dans le camp une influence étrangère, une invitation séduisante, un mélange qui semblait peut-être agréable au départ, mais qui portait en lui une puissance de mort.
C’est exactement ce qui se passe à Baal-Peor. Les femmes de Moab attirent les hommes d’Israël, elles les invitent aux sacrifices de leurs dieux, le peuple mange, se prosterne, s’exerce aux pratiques magiques, puis Israël s’attache à Baal-Peor. Israël ne tombe pas seulement dans une faute du corps ; Israël ouvre une porte à une autre adoration.
Et au milieu de cette situation, Zimri entre publiquement avec Kozbi, une femme madianite. Ce geste n’est pas seulement une provocation personnelle. Il devient le signe visible d’une brèche beaucoup plus profonde. Alors Pinhas se lève et tranche dans le vif le problème, au milieu du camps il expose la faute et la révèle aux yeux de tous.
Mais spirituellement, Pinhas révèle quelque chose de très puissant : il se tient à l’endroit exact où la doctrine de Balaam est en train de produire son fruit. Il ne répond pas seulement à une faute visible ; il arrête une stratégie invisible. Il ferme la porte par laquelle l’idolâtrie, la séduction et la mort étaient entrées dans le peuple.
Pinhas ferme la brèche.
Et c’est précisément là que Dieu lui donne une alliance de paix. C’est étonnant, parce que le geste de Pinhas est violent, mais la réponse de Dieu est la paix. Dieu ne lui donne pas une alliance de guerre. Il lui donne une brit shalom, une alliance de paix.
Cela révèle que la paix de Dieu n’est pas toujours une paix molle, une paix qui laisse tout passer, une paix qui ferme les yeux sur ce qui détruit. La paix de Dieu commence parfois lorsque la brèche est fermée, lorsque le mélange est arrêté, lorsque ce qui contamine l’alliance est séparé de ce qui appartient à Dieu. Lorsque le péché est mis a nu.
C’est ici que cette parasha devient très actuelle. Car la doctrine de Balaam ne se présente pas toujours aujourd’hui avec un autel d’idole visible. Elle peut se cacher sous des formes religieuses, traditionnelles, rassurantes, parfois même sous l’apparence du bien.
Elle peut prendre le langage de la guérison, de la protection, de la délivrance, de la bénédiction, mais déplacer peu à peu la confiance de Dieu vers des méthodes qui ne viennent pas de Lui.
C’est dans ce glissement que le danger devient réel. Car certaines pratiques peuvent sembler anodines, traditionnelles ou même spirituelles, mais elles ouvrent une confusion lorsqu’elles déplacent la confiance du Dieu vivant vers un procédé.
La bible interdit la divination, les présages, la sorcellerie, les enchantements et la consultation des morts. Donc dès qu’une pratique cherche à manipuler l’invisible, à “forcer” une guérison, une protection ou une bénédiction par un procédé, on sort de la confiance simple en Dieu.
Il y a des pratiques encore aujourd’hui qui viennent des pays orientaux, par lequel le peuple continue de pratiquer;
Souvent même dans les milieu des croyants perpétuent des rituels non conforme à Dieu. En voulant bien faire ils font de la sorcellerie involontaire.
Fil rouge, la main d’hamsa, les amulettes, l’oeil, les versets utilisés comme formules, les kapparot comprises comme transfert magique, rituels contre le mauvais oeil, huile dans l’eau, plomb coulé dans l’eau chaude ou tout autres procédés : toutes ces pratiques portent le même danger lorsqu’elles font passer la foi de Dieu vers un objet, un geste, une formule ou une méthode censée guérir, protéger ou délivrer. Et tout cela au milieu des assemblées, et appréciés des fidèles et des prédicateurs.
La Torah interdit la divination, les enchantements, les présages, la sorcellerie et les pratiques occultes, parce qu’elles enseignent à l’homme à chercher une puissance en dehors de Dieu. Elles donnent l’impression que l’on peut contrôler l’invisible, provoquer la protection, forcer la guérison, déclencher la délivrance par un procédé. Mais la foi biblique ne repose pas sur la manipulation de l’invisible. Elle repose sur la confiance, l’obéissance et l’attachement au Dieu vivant.
C’est cela, une forme moderne de la doctrine de Balaam : ne pas faire renier Dieu ouvertement, mais mélanger la foi en Dieu avec des pratiques qui ne viennent pas de Lui.
La doctrine de Balaam, aujourd’hui, c’est quand la foi garde le nom de Dieu, mais laisse entrer des méthodes qui ne viennent pas de Dieu.
Et c’est précisément contre cela que Pinhas se lève. Il ne se lève pas seulement contre deux personnes. Il se lève contre une contamination. Il se lève contre une brèche. Il se lève contre une doctrine qui veut faire entrer dans l’alliance ce qui appartient à un autre esprit.
Là où Balaam avait ouvert une porte à la séduction spirituelle, Pinhas ferme la porte.
Mais la parasha ne s’arrête pas à la crise. Et cela aussi est très important. Après cette chute, Dieu ordonne un nouveau recensement du peuple. Comme si Dieu disait : malgré la faute, malgré la plaie, malgré la brèche, l’histoire d’Israël n’est pas terminée. Il y a encore un peuple. Il y a encore une génération. Il y a encore une promesse.
Dieu recompte Israël parce que Dieu prépare la suite.
Puis viennent les filles de Tselofhad. Elles se présentent devant Moïse pour réclamer leur part dans l’héritage. Elles représentent ces assemblées qui ayants a un moment donné été sous une certaine malédiction, sont maintenant revenu et doivent se réinsérer avec le peuple comme si Dieu ne les avaient pas abandonner mais pardonné.
C’est une image magnifique : après la chute de Baal-Peor, après la doctrine de Balaam, après la brèche de l’idolâtrie, Dieu fait entendre la voix de femmes qui ne séduisent pas le peuple vers la chute, mais qui réclament leur part dans l’héritage de Dieu. Elles ne tirent pas Israël vers l’idolâtrie ; elles demandent à entrer dans la promesse.
Ensuite, Moïse comprend qu’il ne conduira pas le peuple jusqu’au bout. Mais au lieu de penser à lui-même, il demande à Dieu de placer un homme sur l’assemblée, afin que le peuple ne soit pas comme des brebis sans berger. Et Dieu désigne Josué.
Un vrai conducteur ne possède pas le peuple. Il prépare la suite. Moïse ne cherche pas à retenir la mission entre ses mains. Il veut que le peuple continue d’être guidé. Là encore, Dieu restaure l’ordre : après la brèche, Il donne un berger ; après la chute, Il prépare la transmission ; après la crise, Il assure l’avenir.
Enfin, la parasha se termine avec les sacrifices et les fêtes. Après le désordre de Baal-Peor, Dieu remet au centre Son calendrier, Ses rendez-vous, Son rythme sacré. Comme si Dieu rappelait que le peuple ne doit pas vivre au rythme de la séduction, de la peur, du mélange ou des pratiques étrangères, mais au rythme de Sa présence.
La parasha Pinhas nous enseigne donc que lorsqu’une brèche s’ouvre qu’un dérapage est constaté, Dieu cherche quelqu’un qui se lève. Non pas quelqu’un qui agit par colère humaine, par orgueil ou par violence, mais quelqu’un qui discerne ce qui contamine l’alliance et qui refuse de laisser la doctrine de Balaam s’installer dans le camp.
Pinhas nous rappelle qu’il existe des moments où il faut discerner le bon du mauvais.
Fermer la brèche, aujourd’hui, ce n’est pas lever une lance contre des personnes. C’est refuser le mélange. C’est revenir à la sainteté de Dieu. C’est retirer de notre foi tout ce qui prétend protéger, guérir ou délivrer sans venir de Lui. C’est cesser de faire confiance aux objets, aux formules, aux procédés, aux superstitions, aux gestes qui veulent manipuler l’invisible. C’est revenir au Dieu vivant.
La vraie paix ne vient pas du compromis avec ce qui détruit. La vraie paix vient lorsque Dieu reprend Sa place au centre.
C’est à nous aussi de faire attention à ce que nous entendons sur les pratiques superstitieuses qui peuvent circuler dans les milieux de croyants.
On ne guérit pas en passant une assiette de plomb coulé, des assiettes d’huile et d’eau au-dessus de la tête, ou par toute autre manipulation de ce genre. Ce ne sont pas ces pratiques qui guérissent, qui protègent ou qui délivrent.
Car Dieu est notre seul guérisseur, notre seul protecteur et notre seule paix. Yeshoua est notre secours, et Sa Parole nous interdit de suivre ces pratiques.
Pinhas ferme la brèche de Balaam, et Dieu lui donne une alliance de paix.
Shabbat shalom
L. B
Lecture de la parasha : Nombres : Chapitre 25 verset 10 à chapitre 30 verset 1.
Lecture de la haftarah: 1 Rois : Chapitre 18 verset 46 à chapitre 19 verset 21.
Lecture messianique : Jean 2; 13, 22. 7; 1,13; 37_39: 11; 55 à12: 1.
Actes; 2; 1 à 21. 1 Corinthiens; 5;6, 8 hébreux; 11; 28

